L’amour, une ressource qui – loin de s’épuiser – augmente lorsqu’on la partage

Préambule

Je suis thérapeute de la relation et ce en particulier au sein du couple. Je suis ainsi tiraillé par la crainte de passer pour un traitre auprès des couples sains et épanouis que j’accompagne, comme auprès de tous ceux qui pourraient pourraient prendre ombrage de ce qui suit, Certes je défends le couple en général et avant tout les couples harmonieux et bien assortis dans des phases critiques (questionnements, malentendus, accident de parcours etc.), mais je ne ressens aucun conflit de loyauté à déclarer que je conserve une certaine réserve vis à vis des couples qui fonctionnent sur le mode du conflit permanent (visible ou larvé), de l’emprise, de la manipulation ou de la domination/soumission par exemple. Je pense ainsi que l’idéal de la vie en couple ne vaut que pour les personnalités qui sont véritablement assorties et, chacune, dans l’accueil de l’autre, de ses différences, dans le respect des ses croyances, de ses valeurs, de ses besoins émotionnels et soucieux de l’affirmation et du respect des siens propres. La vie en couple est alors une chose évidente et épanouissante. Ceci posé, je m’inquiète de voir des âmes solitaires éperdument orientées vers la recherche d’un bonheur (normé et idéalisé) seulement axé sur un « autre » providentiel qui cocherait toutes les bonnes cases de la fiche du partenaire idéal et qui serait prêt d’emblée à s’engager sur cinquante ans de vie commune.

Cet article s’adresse ainsi surtout aux célibataires en recherche du grand amour… et qui s’épuisent parfois dans cette recherche, jusqu’à désespérer. S’il doit blesser ou énerver, les personnes mariées convaincues de nager dans le bonheur, je les prie de comprendre que ce n’est pas leur modèle de couple que je conteste. Au contraire, je postule qu’il est si vertueux et difficile à réaliser qu’il est mensonger de faire croire au plus grand nombre qu’il est à la portée de tous.

 

 

La parabole de la multiplication des pains

Enfant, je n’étais ni très zélé ni très passionné aux cours de catéchisme. La parabole de la multiplication des pains – qu’on trouve sous la plume de chacun des quatre évangélistes – me laissa ainsi perplexe. Plus tard, l’accès à l’interprétation symbolique de ces textes me donna un autre éclairage. Le Christ ne distribuait pas seulement de la nourriture – dont les ressources comme chacun sait sont censées s’épuiser au fil de la distribution – mais la bonne nouvelle de l’amour fraternel. « Aimons-nous les uns les autres, comme Dieu nous aime », enseigne la religion catholique.

Aujourd’hui, je n’ai pour ma part toujours pas de certitude quant au fait que Dieu nous ait créés ou qu’on contraire ce soit l’homme qui ait inventé la notion d’un être suprême… Mais une chose est néanmoins sûre, c’est que l’amour est une des rares ressources (avec le savoir par exemple) qui – loin de s’épuiser – augmente lorsqu’on le partage.

Ma conviction est ainsi que la meilleure façon de recevoir de l’amour est d’en donner sans compter tout autour de soi. Ainsi, nous ne devons jamais nous plaindre de ne pas recevoir assez d’amour… avant de nous être inquiétés d’en avoir assez distribué et à suffisamment de personnes. Imagine-t-on Ghandi, Mère Teresa, Amma (the Hugging Saint) ou l’Abbé Pierre, tristes et isolés, se plaindre de ne pas être assez aimés ou reconnus ? Leur propre témoignage et leur biographie disent le contraire.

Pourtant, nombre de personnes solitaires qui rêvent du grand amour ferment pourtant leur cœur et s’abîment chaque jour un peu plus dans la solitude, de crainte d’être de nouveau trahies ou blessées. Pourquoi ? Pour se protéger (croient-elles), pour s’épargner les montagnes russes émotionnelles de passions naissantes ou installées qui exploseraient en vol. Ne voyez-vous pas dans votre entourage de ces déçu.e.s de l’amour qu’on qualifie souvent de culs serrés… alors qu’il s’agit avant tout de cœurs serrés ?

 

Pourquoi mettre la barre si haut ?

Il y a en particulier une triste raison à cette fermeture des cœurs aux nouvelles rencontres (aux nouveaux probables échecs, pensent d’aucuns), c’est que les femmes, comme certains hommes, mettent la barre trop haut. Ils ne sont ainsi ouverts qu’à un amour qu’ils imaginent pouvoir s’inscrire dans la durée (et si possible à un amour pour toujours), avec une personnes parfaite, aux regards de critères d’une exigence d’autant plus grande, qu’ils désirent « s’associer » un.e partenaire pour la vie. Quelle pression ! Quelle injonction de performance !

Quelle farce, surtout ! Qui peut aujourd’hui ignorer que, près d’un mariage sur deux vole en éclats en France, après quelques années de vie commune seulement ? Prendrait-on l’avion si l’on savait que près d’un vol sur deux se crashe ? Non, bien sûr ! Mais l’amour est avant tout un sujet qu’on aborde de manière irrationnelle et émotionnelle. On peut ainsi s’installer dans le déni le plus volontaire et militant pour prôner (et rechercher) un amour unique et monogame, sans prendre le risque de déranger ni d’être contredit. Le monde s’accroche en effet plus ou moins à cette pathétique pantalonnade du mythe du Prince charmant. Par ailleurs, qui peut raisonnablement croire que la vie des 50% de ménages qui résistent à la séparation n’est pas également émaillée de petites déceptions, de souffrances, voire de trahisons mal digérées ? Les 8 à 15% de couples parfaits (dont vous faîtes peut-être partie) constituent-ils une raison suffisante pour que toute la population soit tendue vers la quête d’une performance aussi remarquable ? Allez-vous tenter un sot périlleux à ski au seul motif que certains y parviennent et surtout allez-vous vous priver des joies du ski détendu en plein air dans un décor de rêve, et vous mettre à l’écart pour tenter et tenter encore cet improbable sot périlleux, obnubilé.e.s de cette unique performance ?

Cette méfiance viscérale à l’égard des amours d’un soir, comme de possibles aventures amoureuses de court ou moyen terme, est surtout l’apanage de personnes blessées et déçues, fatiguées d’avoir été trahies (comme elles disent) ou encore d’avoir trop attendu l’amour avec un grand A. Ces personnes usées portent dans leur prunelle la peur et la méfiance. Or, bien malgré elles, cela les vieillit davantage encore !… Et ceci bien sûr n’est ni attirant ni encourageant pour l’autre qui par mimétisme s’aligne sur cette posture de recul et de méfiance… et ne tarde pas à passer son chemin.

Chacun retourne alors à son plateau-TV solitaire en pensant : « je l’ai échappé belle ! » Dommage ! Pourtant, chacun vient peut-être de manquer une occasion de vivre, de se faire du bien, de toucher un corps bienveillant et de se laisser toucher, de faire l’amour et ainsi de stimuler la production de ces hormones du bonheur qui lui manquent tant et peut-être même d’y prendre goût. Chacun vient également peut-être de rater l’occasion de faire un bout de chemin à deux… qui – sait-on jamais – aurait pu le conduire à un plus long chemin de vie. Ces coincés du cœur (et coincés du cul) ignorent-ils en outre qu’ils ont autant besoin de ces hormones de l’amour (qui ne coûtent rien mais qu’ils se refusent), que de ces ruineux compléments alimentaires et traitements de leurs rhumatismes… Sans doute auraient-ils moins besoin d’ailleurs, de ces pilules-miracle s’ils parvenaient à quitter leur posture de méfiance a priori,  donnaient un peu plus d’amour et de plaisir à leur corps et répandaient davantage de bienveillance, d’optimisme et de bonne humeur autour d’eux.

Donner de l’amour et s’offrir à l’amour, un risque raisonnable ?

La messe est dite ! Nous avons abordé cet article avec de pieuses pensées et l’invitation à faire tous les efforts nécessaires pour sauver les couples qui le méritent… et voila que j’invite les célibataires à envisager de lâcher prise et à s’occuper eux-mêmes de leur bonheur – pendant qu’il en est encore temps – et pas seulement à travers le modèle du couple, parfois trop ambitieux. Il est vrai que, bien que nous soyons SEULS responsable de notre bonheur (et symétriquement SEULS responsables de notre malheur), nous avons du mal à en prendre conscience et à mesurer tout ce que cela implique !

Ainsi, si vous rêvez de l’amour éternel, peut-être pourriez-vous aussi – en attendant – cherchez du côté de l’amour fraternel, d’un amour moins intransigeant et moins exclusif, mais plus généreux, plus ouvert et moins intimidant à tester qu’un amour si exigeant qu’il en devient impossible. Vous connaissez la fable de La Fontaine du chêne et du roseau ? Préférez-vous être de souples roseaux qui ploient sous les bourrasques de la vie mais se relèvent après l’orage ou bien des chênes, figés et dogmatiques qui s’écroulent d’un coup dans la tempête (lorsqu’ils ne meurent pas tout simplement sur pied, pourris de l’intérieur) ?

Erich Fromm – dans l’Art d’Aimer (1957) – écrit que le creuset de tout véritable amour, c’est l’amour fraternel qui préserve des affres d’attentes excessives dans la relation amoureuse. L’amour fraternel c’est un amour débarrassé des poisons qui gangrènent trop souvent le couple que sont en particulier : le sentiment de propriété (d’un autre chosifié), les attentes excessives, les projections, le reproche, la jalousie, le mensonge et la culpabilité.

L’amour fraternel, c’est l’amitié bienveillante, ni possessive ni exclusive. Les amitiés amoureuses, les amours libres et le polyamour sont également un pan de cet amour fraternel. Y a-t-il du mal à distribuer des sourire, des caresses et des baisers sans compter et sans nécessaire attente de réciprocité ? Il convient bien sûr de respecter les précautions sanitaires élémentaires, comme la sensibilité, les attentes et les valeurs des personnes rencontrées. Cependant, si vous comparez les perspectives et les joies d’une vie plus ouverte et plus libre avec une vie de reclus.e, peut-être vous cramponnerez-vous aux risques de Covid ou d’IST pour légitimer votre choix de la seconde, mais comparez bien.

Un monde anxiogène et castrateur

Comparer n’est cependant pas aisé, car nous baignons dans une civilisation dans laquelle les ayatollahs de tout poil prônent un patriarcat castrateur et les médias favorisent une pensée anxiogène dominante. Les médias déversent ainsi leurs mauvaises nouvelles à pleines brouettes, pour nous terroriser et nous rendre addicts à leur indigeste production. Il en va ainsi du terrorisme, monté en épingle par les médias alors que le monde n’a jamais vécue une paix aussi durable depuis plus de cinquante ans. Depuis l’aube de humanité le monde est exposé aux trois fléaux que sont la famine, la maladie et la guerre, mais jamais leurs foyers n’ont été aussi réduits qu’à ce jour. Lisez le philosophe Michel Serres ou l’historien Yuval Noah Harari et vous en serez convaincus. Les politiques en remettent une couche pour apparaitre en sauveurs et nous détourner des vrais problèmes sociétaux. Ils ont en effet l’espoir de faire de nous de doux moutons bêlant à l’unisson. A ce propos, que sont devenus les ,Gilets Jaunes depuis l’arrivée du Covid-19 ?

S’agissant par exemple du Covid-19, savez-vous par exemple qu’au cours de l’année 2020 la cigarette (risque choisi et assumé) aura tué environ deux fois plus de personnes au monde que le Covid-19 ? Vous rendez-vous compte, de surcroît que, parmi les morts du Covid-19, on pourra surtout dénombrer des personnes âgées ou atteintes de comorbidités graves qui seraient de toute façon décédées, à court ou moyen terme, avec ou sans le Covid-19 ? Réalisez-vous que ce Covid-19 va nous « occuper » un an ou deux alors que le fléau de la cigarette se renouvelle tous les ans depuis plus d’un siècle et n’a pas fini d’envoyer au trou des millions de personnes chaque année ? Alors pourquoi na parle-t-on que de faire la guerre au Covid-19 et pas à la cigarette ? Pourquoi ne dit-on pas aux Français que depuis le début de l’année jusqu »à la date du 1er décembre 2020, il y a eu deux fois moins de morts en France (toute causes confondues) que sur la même période de 2019 ? Je vous laisse proposer vos propres réponses.

Alors refusez ces lunettes noires que voudraient vous imposer les politiques, les médias… et l’inconscient collectif, pensez par vous-mêmes et trouvez seul.e.s le chemin de vrai, du beau, du bon et du juste en dehors des pensées prémâchées et des recettes éculées – d’un autre temps – et qui surtout ne marchent plus. Prendriez l’avion si vous saviez que près d’un vol sur deux se crashe ? Alors arrêtez d’idéaliser le mariage et l’espoir d’une relation exclusive de longue durée, dont vous n’êtes mêmes pas sûr.e.s qu’ils ont fait le bonheur de vos grands-parents et qui décime les couples de votre entourage. Et distribuez votre joie de vivre, votre optimisme et votre amour fraternel, comme Jésus distribuait ses petits pains !


Philippe Lamy

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