L’érotisme sacré

Instinct sexuel et développement des espèces bisexuées

L’élan sexuel et l’impérieux besoin de réalisation d’actes sexuels visant à la procréation sont une nécessité vitale – et la condition sine qua non – pour la perpétuation de toute espèce animale biparentale ; c’est-à-dire nécessitant l’intervention de gamètes, mâles et femelles, comme les mammifères en particulier.

Mammifère parmi les autres, l’homme n’échappe pas à cette exigence et à cette servitude, comme aux satisfactions sensuelles et émotionnelles qui y sont attachées.

Les hormones du plaisir ou de la récompense nous donnent l’envie et le goût de nous rapprocher de l’autre sexe pour procréer tout d’abord, mais bien sûr aussi pour le simple bonheur du rapprochement, de la tendresse et aussi de l’acte sexuel (sans visée procréatrice)… et tout simplement de l’ensemencement intellectuel et émotionnel. Notre cerveau possède en effet nombre d’arguments pour nous motiver et nous conduire au plaisir sensuel ultime, grâce auxdites hormones (les endorphines, l’ocytocine, la sérotonine ou encore la dopamine… mais le processus met en œuvre pas mal d’autres neurohormones).

Il est bien sûr difficile d’imaginer qu’il existe un érotisme élaboré chez l’animal ; cet art étant lié aux notions de bien et de mal, de sacré et de tabou, de jeu et de transgression qu’on peut supposer ignorés du monde animal qui vit nu et sans complexe. La sexualité semble d’ailleurs être assez primaire et prédatrice chez la plupart des animaux (sauf chez certains grands singes qui nous surprennent par leur
empathie, leurs jeux érotiques et leur frénésie sexuelle). La sexualité animale est souvent violente et axée sur la rivalité entre mâles dominants visant à l’amélioration des espèces par élimination des plus faibles. Chez l’homme et dans nos sociétés historiquement patriarcales, hétéro-normée, on constate des comportements sexuels analogues ; c’est-à-dire empreints d’instincts prédateurs, que l’émancipation féminine des 50 dernières années parvient à peine à ébranler.

Pornographie et érotisme, violence et prédation

Chez l’homme, la sexualité est complexe et fait appel aux fantasmes et images censés faciliter la montée du désir et – malgré le retour du puritanisme qui a suivi les années SIDA – on peut s’étonner de la résistance de la pornographie, dans un cadre malheureusement normé par le patriarcat. On constate en particulier son développement par Internet, comme si l’homme et peut-être aussi la femme modernes, avaient besoin de cet exutoire pour supporter une vie stressante et castratrice.
Mais qu’est-ce que la pornographie ?

a. La pornographie
La pornographie c’est l’expression et la mise en images (et/ou en actes) la plus débridée des pulsions sexuelles, à la fois naturelles et animales et à la fois tourmentées, prédatrices et souvent violentes de l’Homme, aussi raffiné dans ses plus nobles réalisations qu’il peut l’être en la matière.

Le propos du scénario pornographique standard est en effet que l’autre y est considéré comme un objet de désir et de plaisir et non comme une personne humaine. Il y a ainsi dans le scénario pornographique un parti pris sujet/objet.
Aujourd’hui 99 % de la production d’images pornographiques se placent dans la logique de satisfaire le regard masculin (male gaze). Il est cependant à noter que des actions féministes volontaires sont en train d’émerger pour inverser cette tendance, notamment à travers des sociétés de production pornographique dédiées à la réalisation de vidéos porno imaginées et dirigées par des femmes et pour des femmes (female gaze) par ex. la Société Oil à Lausanne CH.

b. L’érotisme
L’érotisme diffère de la pornographie en ce qu’il représente une expression plus civilisée, plus ludique, plus artistique, plus élégante et surtout plus respectueuse de l’intégrité de la personne du (ou de la) partenaire sexuel(le), au plan moral et physique. L’érotisme investit en particulier le champ des jeux amoureux et notamment des jeux de domination/soumission. Le jeu érotique tourne cependant quasi exclusivement autour du corps.

Erotisme sacré, bienveillance et fraternité

L’érotisme sacré, quant à lui, intègre toujours le corps, le plaisir des sens (saveurs, odeurs), les caresses, les mots, l’ambiance… mais il investit aussi le champ spirituel et intellectuel. Il est en outre soucieux du respect et du plaisir de l’autre. Le désir et le consentement éclairé de chaque partie (expressément exprimé) sont ainsi la condition sine qua non d’une rencontre érotique sacrée, dans la bienveillance et l’innocence. Pour rappel : L’innocence – au sens littéral et étymologique – est ce qui n’a pas vocation à nuire, du latin in (préfixe privatif) et nocere (nuire). Sur la même racine étymologique, on parle de l’innocuité d’une substance (qui ne peut pas faire de mal). S’agissant du sexe en général un dicton populaire ne professe-t-il pas qu’il n’y a pas de mal à se faire du bien ?

La rencontre érotique sacrée vise à atteindre à deux une harmonie spirituelle, émotionnelle et fusionnelle entre les âmes. Cet érotisme sacré, c’est ce qui caractérise une véritable fusion émotionnelle, entre deux âmes et deux corps sexués, mais jouant tous deux de leur bipolarité genrée pour s’ajuster au désir de l’autre, à son souffle, à son attente, à son jeu, à ses pensées et à ses émotions, de l’instant béni de la rencontre d’un féminin sacré et d’un masculin sacré. Cette description vaut
également pour les couples homosexuels dans lesquels chaque partenaire est porteur de deux polarités sexuelles en dialogue et en équilibre.

L’érotisme sacré représente enfin et surtout un exercice d’infini accueil, abandon et bienveillance entre deux personnes qui se découvrent et souhaitent se donner mutuellement du bonheur et/ou du plaisir – dans l’ici et maintenant – sans nécessairement avoir le projet de s’engager dans une relation
personnelle véritablement amoureuse. En outre, l’érotisme sacré comporte une autre dimension, celle d’une fécondation des esprits.

Erich Fromm, sociologue et psychanalyste américain, écrivait dans l’Art d’Aimer (paru en 1957) que le creuset du véritable amour, y compris dans le registre érotique, est l’amour fraternel. L’amour fraternel, que définit Erich Fromm préserve des affres d’attentes excessives dans la relation amoureuse, comme d’un sentiment de propriété sur un autre chosifié. L’amour fraternel c’est un amour débarrassé des poisons qui gangrènent trop souvent le couple que sont en particulier : le sentiment de
propriété, le sentiment qu’on a des droits sur l’autres (en oubliant ses devoirs), l’exigence d’exclusivité sexuelle de l’autre, le reproche, la jalousie, le mensonge et la culpabilité. L’exemple de cet amour fraternel c’est notamment celui de Mère Teresa ou de l’Abbé Pierre vis-à-vis des plus démunis. Amour qui ne trouve sa récompense que dans le sourire de l’autre et le bonheur (ou le contentement d’un orgueil bien placé) d’avoir bien agi.

L’érotisme sacré est une pratique rituelle ou initiatique vers lequel tendent avec plus ou moins de succès certains massages cachemiriens, tantriques, tout comme les soins dispensés par les thérapeutes spécialisés dans la rééducation émotionnelle post traumatique.

L’amour charnel que dispensent les assistants sexuels aux personnes handicapées, celui des femmes (ou des hommes) de cœur qui ont choisi le métier de la prostitution sont également proches de l’amour fraternel que définit Erich Fromm et même parfois de l’érotisme sacré, dans sa dimension de bienveillance, d’accueil des misères de son prochain et d’amour. La journaliste et écrivaine féministe Emma Becker rend compte de la générosité, de l’innocence et de la beauté du plus vieux métier du
monde dans son roman La Maison (Flammarion, août 2019) et plaide pour la réouverture, sous conditions, des « maisons de tolérance » en particulier pour mieux juguler les troubles à l’ordre public, éradiquer les activités criminelles de traite d’êtres humains et mieux encadrer la prophylaxie des IST. Pour Emma Becker, même si les métiers du sexe ne sont pas des métiers comme les autres, les
travailleurs du sexe sont quant à eux des personnes comme les autres. Ils ont le droit de décider pour eux-mêmes des conditions de leur réalisation personnelle au travail et de disposer de la protection de la loi, ainsi que d’un statut et d’une protection sociale comme tout travailleur.


Philippe Lamy


Suite : L’amour, une ressource qui – loin de s’épuiser – augmente lorsqu’on la partage


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