L’identité émotionnelle des philocognitifs

Les philocognitifs et l’instant présent

Les philocognitifs sont épris de sens, seul moyen pour eux de mobiliser leur énergie, et rêvent de donner du sens à ce qui leur parait inachevé ou inabouti. Ils sont ainsi souvent insatisfaits du réel, toujours en deçà de leur aspiration à un monde idéal, ils rêvent d’un monde différent. Ceci exacerbe leur instinct créatif dans tous les domaines. Ils ne peuvent ainsi se défendre de vouloir tout changer, améliorer, transformer, par la pensée ; cette disposition le prive parfois de jouir de l’instant présent.

Le surdoué a du mal à être tout entier dans ce qu’il fait, dans ce qu’il vit. Par exemple, si le surdoué partage un bon moment, au restaurant, avec famille ou amis, il ne peut s’empêcher de s’éloigner de l’instant présent, pour imaginer en quelles circonstances, il pourrait y retourner, avec qui, à qui il va en parler, en quels termes… Ce faisant, il se culpabilise de ne pas pleinement ressentir le moment présent, de n’être pas tout à fait avec les autres. Comme s’il se voyait, en spectateur de sa propre vie, dans ce restaurant, sans en ressentir lui-même le plaisir, pourtant visiblement partagé par les autres. Sa pensée en arborescence l’éloigne alors encore un peu plus, et sa frustration et son sentiment de culpabilité augmentent alors un peu plus. Il est alors souvent dans un grave isolement intellectuel et affectif.

L’humour, le second degré : le mode de communication des philocognitifs

L’humour est le mode relationnel du surdoué. Il aborde les autres parfois même dans des situations graves et/ou importantes, avec un second degré bien particulier. Le surdoué adolescent est le champion de ces pirouettes verbales et de ces jeux de mots qui prétendent ne saisir que la forme du discours, pour s’épargner d’avoir à considérer le fond des choses. Ses traits d’esprit sont d’ailleurs souvent fulgurants. Cette disposition naturelle du surdoué à créer une distanciation de confort, avec les autres (pour se mettre à l’abri, ne pas trop se montrer, ne pas trop s’impliquer, ne pas trop se mettre en danger) s’atténue, au fil des années, lorsqu’il prend de l’assurance et comprend, de surcroît, que sa vision décalée agace ou irrite parfois.

Le surdoué n’est donc pas toujours le brillant sujet qui récolte les lauriers, mais souvent l’éternel enfant blessé et déphasé qui souffre de ne pas comprendre ceux qui l’entourent, de ne pouvoir être compris, lui-même (ni reconnu), de ne savoir s’intégrer. Cette souffrance est souvent complétée d’un (plus ou moins grave) échec professionnel et/ou sentimental.

Les ressources d’adaptation du surdoué, son faux-self

Les philocognitifs ont cependant des ressources insoupçonnées, leur permettant de développer des stratégies d’adaptation, de compensation, leur assurant parfois une improbable insertion sociale (voire réussite), dans des domaines étrangers à leur véritable compétences.

On pourra ainsi s’étonner, dans certains cas, de les voir tourner le dos aux carrières artistiques ou à la création. Mais ce paradoxe n’est qu’apparent : Souffrant de leur différence abyssale avec leur entourage, et de la solitude qui en est le prix, ils recherchent souvent désespérément à protester de leur sérieux, de leur intégration, de leur conformisme même, en se fondant littéralement au moule de carrières conventionnelles, comme celles du droit, des sciences ou des chiffres. Ils se résignent alors à devoir simuler la normalité, derrière une carapace sociale appelée faux-self. Sur le tard, leurs dons peuvent ainsi s’endormir, laissant la place à une certaine paresse (y compris intellectuelle). On voit cependant fréquemment, sur le tard, des surdoués qui s’étaient fourvoyés dans des professions socialement reconnues, alimentaires ou conventionnelles, se tourner vers l’art, l’humanitaire, la psychologie…

Les adultes surdoués partagent une caractéristique étonnante : une part infantile encore très présente au plus profond d’eux même, tout au long de leur vie (aussi longue soit-elle). Cette part infantile est ce qui leur reste de la magie de l’enfance : le rêve, la créativité, la capacité à s’émerveiller de tout, à se laisser submerger par une joie profonde et subite, et surtout la certitude que tout est toujours possible, que demain est un autre jour où l’inespéré peut être attendu. Cette disposition contribue bien sûr à leur grande créativité et à leur capacité à la prise de risque. L’envers du décor, c’est que, comme un enfant, ils prennent de plein fouet une déception, une contrariété.  Leur résilience est cependant immense, et sitôt terrassés par un cuisant échec, ils se relèvent. Oublieux de ses douloureuses conséquences négatives, ils ne tirent que le meilleur de l’expérience, pour repartir sur de nouveaux projets, souvent tous aussi fous et risqués, avec une confiance en eux intacte, voire un véritable sentiment de toute puissance. Cet état second conduit parfois certains psys, peu habitué au tempérament particulier des surdoués, à les confondre avec des sujets maniaco-dépressifs ou bipolaires.

L’intelligence du surdoué lui permet l’autocritique. Les sujets surdoués ont ainsi la capacité d’agir et se voir agir, en simultané. Leur intelligence décortique, en permanence les situations et, en cas d’échec, ils savent tirer les enseignements positifs de leur échec, là où les sujets ordinaires, manquant de recul, renonceraient, pour toujours, à toute entreprise.

Par Philippe Lamy, à Lyon le 29/08/2020

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