Humanité, animalité et intelligence collective ou au sein du couple

Qu'est-ce qu'on entend par humanité ?

Ce mot a plusieurs acceptions. Je n’en veux ici considérer qu’une seule, la disposition à la compréhension et à la compassion d’un être humain accompli, envers ses semblables, qui le porte à aider ceux qui en ont besoin (à les traiter avec humanité). Ceci suppose qu’il possède au plus haut niveau les qualités, de bonté, de fraternité, d’ouverture aux autres et de charité. Ces qualités sont-elles réservées aux personnes engagées tout entières vers une élévation spirituelle, vers une sorte d’ascèse ? Cela signifie-t-il que le degré ultime de l’humanité est la sainteté ? Notre chemin vers un don de soi aux autres et vers notre « humanité » nous conduirait-il paradoxalement vers un reniement de notre humanité d’essence biologique et animale pour faire de nous de purs esprits qu’on pourrait dire hors-
sol ?

Peut-on nier notre essence biologique ou animale ?

J’ai souvent traversé et traverserai encore des épisodes de déprime, du blues ordinaire jusqu’aux accès les plus sévères (qui me serrent la poitrine et la gorge quand l’angoisse et la panique me submergent). Je ne sais rien faire de bon des seconds qui me torturent et me détruisent, mais ne s’installent jamais longtemps heureusement. Le blues ordinaire est plus supportable, presque tendre et
parfois créatif, m’invitant à un retour en moi bienveillant.

J’ai le souvenir d’un été où cette chanson de Zazie, « Je suis un homme de Cro-Magnon », m’a tendrement accompagné et a raisonné en moi comme une lancinante invitation à prendre soin de ma part d’homme préhistorique brute, une part quasi animale. Cette mélodie a pansé mes blessures d’humain submergé d’injonctions d’excellence et de performance… et finalement de frustration et de
doute. Je ne résiste pas à en reproduire les mots ici :

Prendre soin de mon animalité la plus brute pour poser les fondations de mon humanité revendiquée (et finalement assumée) m’est alors apparu une nécessité, pour retrouver mon cœur animal, mon cœur de lion. Et cette paisible et douce chanson m’a curieusement apaisé. Elle résonne en moi comme un appel du fond des âges, à un retour à la nature, à un ancrage dans ma nature animale, à une tendre régression vers l’être neuf et vierge de toute blessure et pollution que j’étais dans ma fragile mais intègre animalité au jour de ma naissance. Merci Zazie.

Et mon être social, dans tout ça ?

Pourtant, passés les épisodes de régression ou de repli, l’essence sociale de mon humanité me rappelle bien vite vers l’échange… comme ces quelques lignes en sont la preuve. L’essence de l’homme, profondément ancrée dans la nature et dans son animalité, c’est d’accueillir les mains et le cœur ouvert les millions d’inputs en provenance de son environnement et ainsi bâtir (sur sa solide fondation de son humanité biologique assumée) ces millions de liens et d’échanges avec les autres. Ceci s’appelle l’intelligence collective. Cette intelligence collective qui sait mettre en correspondance notre équipement cognitif individuel avec le concert des intelligences qui nous entourent. Mais par intelligences, j’entends l’ensemble de nos moyens cognitifs et en particulier notre gestion émotionnelle (souvent inconsciente) desdits inputs. C’est ainsi que je pense que l’humanité, définie ci-dessus comme une ouverture à l’autre et à la solidarité est en fait surtout un ensemble d’algorithmes. Ces algorithmes que l’espèce a mis en place pour faire de l’homme l’animal dominant et l’être social qu’il est ; ce qui n’est qu’une nécessité de sa survie. L’homme le plus adapté est ainsi celui qui est ancré à la nature et accepte son essence biologique (son animalité) et œuvre à satisfaire ses besoins essentiels (vitaux et spirituels), sans renier le souci d’aider ses proches… et les inciter à en faire de même, dans un processus collaboratif bienveillant. 

L’accès à une posture d’humanité, telle qu’on l’admire chez les sages des grandes philosophies ou religions du monde (ou Mère Teresa par exemple) est rendu possible si l’on cultive à la fois l’humilité devant la nature et notre animalité, en une symbiose entre humanité, nature et spiritualité. Mais quel est notre espace de liberté en l’espèce ? Ces algorithmes qui gèrent nos processus collaboratifs sont-ils innés ? Apparaissons-nous bons ou seulement moins bons, à notre entourage, par caprice génétique ? Je n’en suis pas sûr. Pour ma part, je pense que le poids sur nos épaules de l’inconscient collectif, des règles, des croyances et valeurs qui forment la culture dans
laquelle nous baignons influencent grandement nos comportements sociaux. Ce peut être positif, tant on peut espérer que des individus élevés dans une spiritualité éclairée et ouverte optimiseront leurs chances d’être de « bonnes personnes », capable d’humanité. Notre imaginaire religieux ou profane considère qu’un tel état d’harmonie ne se rencontre malheureusement que dans une grande élévation de cœur et d’esprit ou au jardin d’Eden (ou encore dans le monde des Bisounours). Or trop d’injonctions à la perfection morale ou à l’élévation spirituelle peuvent se révéler improductives. Elles peuvent en effet nous amener à nier nos propres besoins biologiques et émotionnels essentiels à nier nos ombres dans le souci de mettre en scène notre lumière, jusqu’à l’épuisement ou au rejet et à la perte de sens de notre mission humaine. Selon moi, notre mission ou ce qui donne sens à la vie c’est de parvenir à une interaction harmonieuse et bienveillante avec les autres, dans le respect de notre ancrage à notre corps et à la nature, car nous sommes tous – tout à la fois – faits d’ombre et de lumière.

Défendre son animalité autant que son humanité au sein du couple

Le couple est le laboratoire particulier de l’interaction et de l’intelligence sociale. Réussir son couple n’est pas ainsi nullement donné à ceux/celles qui font taire leurs besoins essentiels, leur animalité, leur croyance ou leurs valeurs au nom d’un intérêt supérieur qui serait le couple ou la famille. Renoncer à soi-même est en effet fausser la relation et finalement un mensonge, certes prétendument vertueux, mais avant tout délétère. C’est particulièrement vrai si cela doit aboutir à une toxique relation d’emprise, lorsque l’autre en profite pour piller notre énergie. Mais c’est également le cas si les deux conjoints se mentent et finissement par bâtir tout un univers familial sur le mensonge et le malentendu, dans le déni de leur animalité, de leurs ombres et de leurs besoin… jusqu’au jour où le château de carte s’effondre. C’est pourquoi, apprendre à se considérer comme la première et la SEULE personne en charge de son bonheur (et la SEULE personne responsable de son malheur) est le fondement d’un couple heureux où chacun veille à la fois à l’expression de ses propres blessures, besoins élémentaires, valeurs et croyances, sans pour autant renoncer à identifier et comprendre ceux de l’autre, pour aboutir si possible à la fois à une certaine indépendance émotionnelle et un grand respect mutuel.

Philippe Lamy


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