Ces couples qui souffrent mais tiennent coûte que coûte

La majorité des couples sont tôt ou tard confrontés à des orages passagers comme à de plus dures épreuves (incompatibilité d’humeur, de valeurs ou de croyances, adultère, difficultés financières, immaturité, trahisons diverses…). C’est ainsi que près de la moitié des couples divorcent. Quant à l’autre moitié, il ne faut pas s’imaginer que tout va toujours pour le mieux dans le meilleur des mondes !

Nombre de couples, confrontés aux épreuves et à l’usure des sentiments se placent en mode « survie » et s’accrochent bravement au maintien d’un semblant de couple, contre vents et marées… pour de bonnes ou de moins bonnes raisons. Ils souffrent ainsi en silences, rongent leur frein, se consument à bas bruit ou bien explosent de colère de temps à autre, comme un volcan qui ne sommeille que d’un œil.

Ces couples-là ne se posent pas toujours la question de ce qu’ils auraient à perdre dans la séparation, car, par peur de la solitude, de l’inconnu, par désir de protéger leurs enfants ou leur confort matériel, par paresse, par crainte du regard de la famille ou des amis (ou un mixte indistinct de tout ça et de multiples autres raisons) ils n’envisagent même pas la rupture… dont la simple évocation, d’ailleurs, les terrorise parfois.

Thérapie de couple

« Qu’aurais-je à perdre dans une séparation ? » Cette question mérite cependant d’être posée lorsqu’on a tout essayé pour retrouver une harmonie conjugale et que rien ne marche. Vaut-il mieux dépérir à petit feu auprès de son ennemi.e intime ou sortir de sa zone de confort pour prendre un nouvel essor chacun de son côté ? Vaut-il mieux vivre seul ou mal accompagné 

J’interroge ainsi souvent mes patients : Si la thérapie de couple ne devait pas permettre la restauration du lien, la séparation serait-elle pour eux un possible recours… une option inenvisageable ?

Top 10 des craintes exprimées par les couples en échec, face au spectre de la séparation

Voici le top 10 des craintes exprimées alors par mes patients :

1. Pourrai-je me passer de l’amour de mon/ma conjoint.e ou ce qui peut en subsister après toutes ces années de vie commune ? Pourrai-je me passer de son amitié ou de son soutien et – a minima – du pseudo confort du statu quo ?

2. Quels effets aura cette séparation sur l’harmonie familiale et la stabilité émotionnelle des enfants et leur confort matériel aussi ?

3. Pourrai-je supporter de ne plus voir mes enfants chaque jour ?

4. Aurai-je le courage de m’exposer au jugement des autres, à la possible mise à l’écart d’une partie de ma famille (belle-famille) ou de mes amis ?

5. Souffrirai-je cruellement de la solitude ? Et, si j’ai échoué avec lui/elle, qui me dit que je retrouverai une âme sœur ? Qui me dit que je ne porte pas en moi le germe de l’échec ? Et ne me retrouverai-je pas au même point dans quelques mois ou années ?

6. Le divorce coûte cher et souvent tout le monde y laisse des plumes ; Ainsi, dans quelles conditions matérielles vais-je me retrouver ?

7. Et d’ailleurs, qui de nous deux gardera notre logement… et dans quelles conditions ?

8. Va-t-il/elle vouloir me faire « mordre la poussière » et me livrer une lutte sans merci ?

9. Sera-t-il possible de se revoir et est-ce souhaitable ? / Pourrons-nous passer de nouveau un jour certaines fêtes familiales ensemble ? En aurons-nous envie ? / Comment faire pour gérer ces situations sans blesser les enfants ?

10. Saurai-je m’en sortir seul.e, pour différentes tâches habituellement remplies par mon/ma conjoint.e ? / Saurai-je assumer seul.e l’autorité parentale quand les enfants seront sous ma responsabilité ?

Mais d’autres questions seraient à se poser

D’autres questions seraient sans doute à se poser (que pourtant peu de couples envisagent), en particulier :

Est-ce que la vie que je mène (ou que nous menons ensemble) est à la hauteur des espoirs et de la confiance qui nous animaient à l’origine de notre couple ? / Existe-t-il encore un élan d’amour entre nous ?

Après des mois ou des années de vie commune, puis-je être sûr de connaître les goûts, les attentes, les besoins émotionnels, les valeurs, les croyances de mon/ma conjoint.e ? Suis-je prêt.e à les admettre et à contribuer à les satisfaire ou en tout cas ne pas m’opposer à leur satisfaction ?

Après tout ce temps, puis-je être certain.e qu’il/elle me connaisse, comprenne et accepte mes goûts, mes attentes, mes besoins émotionnels, mes valeurs, mes croyances et souhaite les respecter et en tout cas ne pas s’opposer à leur satisfaction ?

Quelles sont les goûts, attentes, besoins, valeurs, croyances que nous partageons ? Et avons-nous encore un véritable projet de vie commune (à 5 ans, 25 ans ou plus) ?

Ai-je l’envie ou la prétention d’interdire certaines choses à mon/ma partenaire ? En ai-je le droit ? / Est-ce que je reconnais ce même droit à ma/mon conjoint.e ?

Ai-je l’envie ou la prétention de cacher certaines choses à l’autre (jardin secret) ? En ai-je le droit ? / Est-ce que je reconnais ce même droit à ma/mon conjoint.e ? / A-t-on le droit d’exiger de l’autre une transparence totale ? Par exemple, est-il normal et acceptable que chacun garde un code secret sur son smartphone ?

Avons-nous le désir et/ou le droit – chacun de notre côté – de voir des personnes de sexe opposé ou non, dans un cadre intime ?

Est-ce que je me sens, plus ou moins « propriétaire » de l’autre ou est-ce que je lui reconnais une certaine autonomie ? / Et qu’est-ce qui me relie vraiment à lui/elle aujourd’hui et donne du sens à notre union ?

Qu’entendons-nous, chacun de son côté, par fidélité en amour : Une amitié et un soutien indéfectibles quelles que soient les épreuves rencontrées (notamment l’adultère) ou bien une stricte exclusivité sexuelle ?

Considérons-nous chacun de son côté que l’exclusivité sexuelle est une condition non négociable de l’entrée dans une vie commune… ou au contraire la récompense ou la grâce exceptionnelle qui bénit quelques rares couples fusionnels ?

Que signifient pour chacun de nous les concepts de trahison, d’abandon, de pardon ? En savoir plus à ce sujet

En cas de difficultés liées à la vie commune et/ou aux frictions, puis-je espérer changer l’autre… ou est-ce à moi de m’adapter ?

S’agissant de la dernière question, il serait malsain, juridiquement inacceptable de prétendre changer l’autre car l’autre n’est pas un objet, mais un sujet de droit et un être doué de volonté et d’autonomie.

Mais ce serait surtout voué à l’échec. Pour toutes les autres questions, il n’y a pas de bonnes réponses… ou les bonnes réponses sont multiples. Car il existe autant de modèles de couples que d’individus. En outre, aimer c’est reconnaitre et favoriser l’autonomie de l’autre, lui faire confiance pour assurer son
bonheur par elle-même/lui-même.

Persister dans la vie à deux, malgré les orages et parfois les trahisons suppose que les conjoints partagent de manière sincère et véritable, non seulement un socle de goûts, d’attentes, de valeurs, de croyances communs, soient prêts à accepter ceux de l’autre lorsqu’ils ne sont pas partagés, mais surtout que chacun ressente un élan d’amour qui seul mérite véritablement les efforts volontaires d’adaptations qui s’imposeraient.

Des personnes en manque d’estime d’elles-mêmes et d’autonomie

Il n’appartient aucunement au thérapeute de juger les attentes de chacun ni de proposer de prétendues recettes pour réussir en amour, car chacun a le droit de mettre en œuvre ses propres recettes, en fonction de ses propres croyances. Le rôle du thérapeute n’est ainsi que de s’assurer que chacun a bien entendu ce qu’attend l’autre et qu’il est d’accord pour continuer la vie commune, sans que l’un sacrifie à l’autre ses propres goûts, attentes, valeurs ou croyances. Si le thérapeute soupçonne une emprise de l’un des conjoints sur l’autre, il invitera chaque partie à s’exprimer et à poser les enjeux pour rétablir un juste équilibre ou au contraire inciter la personne sous emprise à reprendre confiance en elle pour s’affirmer dans un choix qui sera véritablement le sien.

Une telle situation ne résulte d’ailleurs pas toujours d’une volonté de l’un d’asservir l’autre. Mais seulement parfois de l’incapacité de l’un (ou des deux) de sortir de sa zone de confort pour s’élever au-dessus des questions limitantes énoncées en liminaire. Le rôle du thérapeute de couple n’est ainsi pas seulement celui d’un défenseur du couple, mais aussi d’une manière de coach qui souhaite amener chaque partie à découvrir sa valeur et son pouvoir dans la réalisation de son bonheur, car personne ne sera capable, mieux que lui/elle de choisir sa destinée et de faire son bonheur.

Les phénomènes d’emprise ne relèvent d’ailleurs pas toujours du jeu toxique d’un bourreau pervers narcissique avec une victime qui manque d’autonomie, de confiance en soi et de recul, mais souvent de personnes de bonne volonté engluées dans le fameux triangle de Karpman qui décrit ces couples en souffrance dans lesquels chacun passe inconsciemment du rôle de bourreau, à celui de victime et/ou sauveur.

 

Philippe Lamy

 

Suite : Relation toxique tyran, victime et sauveur

 

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